POUR UNE DIFFUSION INSTITUTIONNELLE
de logiciels libres du domaine éducatif

Jean-Louis MALANDAIN
malandain.jlm@wanadoo.fr

 
Résumé du propos : des centaines de didacticiels élaborés par des enseignants pourraient circuler sur Internet en complément des productions professionnelles... à condition que le Ministère de l'Éducation nationale prenne en charge cette diffusion car c'est la seule institution capable d'organiser et de sécuriser une telle opération. Le recensement des didacticiels en libre circulation serait une première étape avant d'aborder les problèmes d'une éventuelle rétribution.

Évolution du projet en consultation sur le site : http://perso.wanadoo.fr/malandain.jlm

     Sans en avoir la certitude car aucune statistique ne permet d'avancer des chiffres dans ce domaine, on peut supposer que de nombreux enseignants continuent à élaborer des applications didactiques qui font appel aux ressources informatiques. Sur des supports divers, avec les moyens disponibles, parfois bien loin des grands courants ou des outils prestigieux, ils n'en sont pas moins les acteurs anonymes et effacés d'une production globale qui mériterait d'être intégrée dans ce qu'il est convenu d'appeler une politique des logiciels.

     On peut du moins en rêver et formuler des vœux :

  • la conception, la production et la diffusion des logiciels propres au domaine éducatif devraient être prises en charge par une structure nationale permettant à l'INRP et au CNDP de jouer un rôle de conseil et de ressource ;
  • les initiatives des enseignants concepteurs de logiciels éducatifs devraient être soutenues grâce à des formations spécifiques, dès l'IUFM, et par des moyens matériels (acquisition hors TVA, équipement des salles de classe, collaboration avec les éditeurs, décharges horaires).

     L'évolution rapide des technologies impose que des moyens adéquats soient mis en place pour promouvoir les grands chantiers de développement de l'offre de formation en ligne (EAD, Campus numériques, ingénierie éducative, collaboration avec les éditeurs, etc.).

     La réalité n'est d'ailleurs pas toujours sombre. Plusieurs sites Internet mis en service par le MEN proposent des réponses dans le domaine éducatif :

  • Educnet http://www.educnet.education.fr/ en relation avec le "dispositif de soutien aux ressources pédagogiques multimédias et audiovisuelles" et la procédure d'attribution de la Marque RIP (reconnaissance de l'intérêt pédagogique), en particulier en direction des éditeurs ;
  • Educasource (CNDP) http://www.educasource.education.fr/ ;
  • Educasup (CNAM) http://www.educasup.education.fr/ qui recensent "les ressources électroniques pour l'enseignement" disponibles sur Internet, en particulier la documentation et les sites spécialisés pouvant intéresser les enseignants et les apprenants.

     Il faut noter également la "Bourse de diffusion de logiciels" de l'association EPI http://wwww.epi.asso.fr qui permet de faire circuler sur disquettes, parmi les adhérents, des didacticiels en libre essai.

     Tout en soulignant l'intérêt de ces réalisations, il faut reconnaître que la généralisation du réseau permettrait de faire beaucoup mieux en créant une structure assurant l'inventaire puis la diffusion et, au besoin, la valorisation de toutes les applications proposées par les acteurs du système éducatif, en particulier celles qui sont réalisées localement et qui ne circulent pas encore sur le Web.

     Ce projet, sans doute très vaste, est réalisable grâce à la spécificité des supports électroniques. En effet, à l'inverse de ce qui se passe dans l'édition traditionnelle où la diffusion passe par la production de milliers d'ouvrages, de cassette sonores, de vidéos, de disquettes ou de cédéroms - tous supports matériels à préparer à l'avance sans aucune certitude concernant l'audience potentielle -, les applications numérisées et leur circulation sur le réseau évitent la fabrication, le stockage et le transport. C'est une opération qui peut être réduite aux moindres frais quand elle se fait d'écran à écran, sans transfert sur des supports externes. On est ainsi assuré d'éviter l'accumulation d'invendus invendables.

     C'est un avantage décisif et une occasion unique pour faire connaître la richesse et la diversité des créations, faire apprécier l'intérêt des infotechnologies et favoriser la mise en commun des ressources didactiques.

     C'est aussi un atout pour valoriser un réseau encore peu fourni dans le domaine éducatif francophone mais qui risque d'être bientôt investi par des opérateurs à la recherche de profits (trusts et multinationales de l'éducation qui s'apprêtent à envahir le marché et dont l'ambition est de vider de sa substance le service public d'éducation).

     C'est enfin prendre une option de fond en faveur des infotechnologies qui contribuent largement au développement des activités éducatives et culturelles en dégageant les créateurs du mode de production industriel et de la logique commerciale.

     Il s'agit donc d'ajouter à ce qui se fait déjà pour l'édition multimédia et pour le repérage des sources (cf. plus haut Educnet et Educasource), un outil d'investigation et de diffusion généralisée des travaux d'enseignants, sans exclusive ni préalable autre que le bon fonctionnement.

     Sans se prononcer sur le détail des modalités, on pourrait imaginer, dans un premier temps, l'identification par le Ministère des productions didactiques présentées par les auteurs, ensuite la diffusion de l'inventaire sur le réseau, puis le téléchargement sécurisé des applications (en libre diffusion ou en démonstration), la mise en place de forums de discussions sur les travaux et enfin la réponse aux contributions des auteurs en fonction du service rendu, selon des formules allant de la distinction à la rétribution.

     Pour concrétiser une première étape, il serait intéressant que le MEN fasse rapidement une enquête auprès des enseignants afin de recueillir des didacticiels en libre diffusion ou des démonstrations. On pourrait ainsi tester un site (cf. la formule adoptée par France Télécom pour le site Bazar Bleu de Wanadoo) tout en engageant une réflexion sur les modalités à mettre en place pour les autres didacticiels.

Jean-Louis MALANDAIN
22/02/2002

 
La  Revue électronique de l'EPI  n° e47 de février 2002.

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Association EPI
3 mars 2002

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