L'informatique et l'enseignement primaire

Vers un réseau pluriacteurs
au service des collectivités territoriales et des enseignants
pour des solutions libres

Pascale Luciani-Boyer
 

   Selon une analyse partagée par tous, et malgré des efforts réels entrepris, l'école primaire reste encore dans un état de sous-équipement informatique. En réponse à ce constat, un regard organisationnel et fédérateur s'impose.

La diversité des acteurs

   En effet, la diversité des acteurs constitue une particularité de l'informatique scolaire. Il associe l'Éducation nationale (le prescripteur), les collectivités locales (les acheteurs) et les enseignants et les élèves (les utilisateurs finaux). La mise en oeuvre d'une volonté politique de maintenir les efforts dans le domaine se heurte aux contraintes spécifiques des trois acteurs du secteur qui, sans prétendre à l'exhaustivité, peuvent être énoncées comme suit.

  • Pour les collectivités, il est question du manque de lisibilité des ressources technologiques existantes adaptées aux attentes de l'Éducation nationale couplé à l'incontournable contrainte financière.

  • Pour les enseignants, le nécessaire accompagnement aux changements et une meilleure accessibilité aux ressources pédagogiques disponibles.

  • Enfin, pour l'ensemble des industriels, notamment les acteurs économiques locaux et les créateurs de solutions innovantes pour l'éducation travaillant sous licences libres, leur diversité, qui est une force pour l'innovation, est une contrainte économique sur un marché très concurrencé par les leaders industriels internationaux.

Un risque à prendre en compte

   Dans ce contexte, le risque est alors grand de voir disparaître l'innovation et la rationalisation des coûts au profit d'une concentration d'acteurs économiques internationaux imposant une vision unique d'un modèle de développement de l'informatique scolaire étranger à notre culture pédagogique nationale. Ce devenir potentiel est donc en inadéquation avec les attentes pédagogiques multiples, la baisse des coûts et le soutien à notre économie locale. Il n'est plus à démontrer la forte valeur d'innovation du logiciel libre, sa plus grande accessibilité en terme de coûts pour les collectivités, la convergence de son approche avec les missions du système éducatif et la culture enseignante.

   Une démarche de nature organisationnelle, fédérant l'action de l'ensemble des acteurs économiques, proposant des solutions éducatives libres, pour le primaire notamment, serait de nature à répondre aux attentes des équipes enseignantes tout autant qu'aux besoins des collectivités. De plus, proposer un réseau regroupant industriels et prestataires de services informatiques sur l'ensemble du territoire d'une manière coordonnée serait gage de cohérence pour le secteur, de sécurité pour les acheteurs et de soutien économique.

Un tel réseau « habilité » ou « labellisé » par l'Éducation nationale bénéficierait alors d'une reconnaissance forte.

Un réseau existant le SCÉRÉN

   Un réseau pédagogique de proximité placé sous la tutelle du ministère de l'Éducation nationale existe par ailleurs. Le « Service Culture éditions ressources pour l'Éducation nationale » Scérén (CNDP-CRDP-CDDP), avec son pôle de compétences logiciels libres, s'intéresse aux logiciels et ressources libres  [1], composante à part entière des solutions adoptées pour l'éducation. Le pôle de compétences logiciels libres du Scérén regroupe 23 CRDP (centres régionaux) et mène des actions d'information, fédère les initiatives, les compétences et les énergies, développe des actions de conseil, d'aide, d'expertise, de réalisation, d'édition et d'accompagnement. Le réseau Scérén couvre l'ensemble du territoire national. Ses missions d'édition de ressources pédagogiques, son implication dans le déploiement des TICE, l'accompagnement de leurs usages par les enseignants... l'identifie comme l'un des acteurs institutionnels incontournables.

   En particulier, les CDDP (centres départementaux) offrent des services (expertise, conseil, aide aux maîtrises d'ouvrage et d'oeuvre, accompagnement) en direction des municipalités pour l'équipement des écoles. Les demandes des communes portent sur les salles informatiques, les réseaux, les ENT, les logiciels, dans l'optique des usages et de la mise en oeuvre du B2i.

Une synergie bienvenue de réseau

   Il apparaît par conséquent pertinent d'envisager une coopération du réseau Scérén (pôle de compétences logiciels libres) avec le regroupement initié des industriels et prestataires de services informatiques qui proposent des solutions libres pour l'éducation. Des efforts communs et conjoints vers une action concertée de ces deux entités (institutionnelle et économique) donneraient la nécessaire visibilité à la poursuite de la dynamique enclenchée dans le domaine de l'informatique pédagogique de l'enseignement primaire. Selon Jean-Pierre Archambaut, coordonnateur du pôle de compétences logiciels libres du Scérén, « une telle synergie, des coopérations accrues du Scérén avec les acteurs industriels du libre seraient de nature à aider à la mise en oeuvre et à l'utilisation des solutions informatiques dans les écoles ». Cette synergie faciliterait, pour les enseignants et les collectivités, les échanges et les choix dans leurs domaines respectifs de compétences et de responsabilités.

   D'une manière générale, sur l'ensemble du territoire, le rassemblement des TPE, des PME et de leurs partenaires industriels, associés au monde de l'éducation et à toutes les forces vives et innovantes contribuerait à préserver les compétences reconnues de nos chercheurs dans le domaine des TIC et permettrait aux collectivités locales de sereinement pourvoir aux équipements informatiques scolaires.

   Suite aux concertations menées auprès des acteurs concernés, très favorables à un tel réseau, émerge cependant la nécessité, pour son bon fonctionnent, d'une légitimé incontestée et d'une reconnaissance supérieure assortie d'une identification des acteurs impliqués. Ceci implique une volonté politique d'organisation et de reconnaissance des particularités de ce secteur en créant un réseau spécifique mixte privé-public pour l'ensemble du territoire clairement orienté vers les logiciels libres.

Pascale Luciani-Boyer
Élue de Saint-Maur-des-Fossés,
Directeur associé de Profusus,
Rapporteur pour le Club Sénat.fr

Ce texte reprend les propos tenus par l'auteur lors de la Conférence Éducation du salon Solutions Linux 2008, le 30 janvier 2008.
Voir également dépêche AEF n° 90785 de Cyril Duchamp.

NOTE

[1] Les libertés d'un logiciel libre :
- l'utiliser, pour quelque usage que ce soit,
- en étudier le fonctionnement et l'adapter à ses propres besoins (l'accès au code source est une condition nécessaire),
- en redistribuer des copies sans limitation aucune,
- améliorer le programme, et diffuser les améliorations au public, de façon à ce que tous en tirent avantage (l'accès au code source est encore une condition nécessaire).

La licence GPL (General Public License), la plus utilisée, impose dans le cas de diffusion publique des améliorations apportées de faire bénéficier les autres des libertés dont on a soi-même bénéficié.
Pour les ressources informationnelles, on citera les licences Creative Commons.

___________________
Association EPI
Février 2008

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