2028 ?

Pierre Berger, Joël Berger
 

   Hergé était-il un imaginatif extralucide ou les concepteurs de la NASA ont-ils lu Tintin ? Saura-t-on distinguer la clairvoyance d'un Vernes ou d'un Huxley de leur influence de leurs idées sur leur futur ? L'anticipation relève autant de l'intelligence dans le traitement de l'information que de l'imaginaire, mais elle n'est pas sans effets sur les intentions humaines. Heureusement, puisque anticiper n'est pas seulement faire des hypothèses sur l'avenir : c'est se préparer à ses enjeux, et se donner le moyen de corriger les dérives avant qu'il ne soit trop tard.

Oser

   Pourquoi avons-nous tant de mal à anticiper le progrès ? entre autres raisons, parce que notre système mental ne peut pas imaginer spontanément les résultats d'une progression géométrique, c'est-à-dire d'un phénomène qui progresse selon une proportion constante. Exemple : prenons des feuilles de papier d'un dixième de millimètres d'épaisseur. Si je vous demande : « quelle est l'épaisseur d'un tas de feuilles si je pose successivement 50 feuilles l'une sur l'autre ? » (progression arithmétique) je gage que vous me répondrez facilement 5 millimètres. Mais si je vous demande, de manière purement théorique bien sûr, « quelle est l'épaisseur de l'une de ces feuilles pliée 50 fois sur elle-même ? (progression géométrique puisque l'on double à chaque fois), vous n'y arriverez pas sans calcul. Si vous ne l'avez jamais fait, imaginez une réponse et comparez au résultat calculé (environ la distance de la terre au soleil). Si vous n'êtes pas surpris, vous serez bien le premier à ma connaissance. L'extrapolation linéaire est spontanée. L'extrapolation exponentielle ne l'est pas.

   N'ayons donc pas peur d'y aller franchement dans les extrapolations, en n'oubliant pas que certains scénarios catastrophiques peuvent les réduire à néant, par exemple une conflagration nucléaire, déclenchée par fanatisme ou erreur humaine, un dérèglement thermodynamique créé par le réchauffement de la planète, une épidémie foudroyante...

   Admettons également que les 20 ans à venir ne verront pas de découverte scientifique fondamentale qui remettrait tout en cause. En 2008, notamment, reste ouverte une question-clé, à laquelle ni l'informatique, ni les sciences de l'homme, ni les neurosciences, ni l'introspection philosophique n'ont donné de réponse satisfaisante : qu'est-ce que la vie ? Serons-nous capables de la faire naître à partir du non-vivant ? Et, dans le prolongement de la vie, que sont la conscience et la « représentation intérieure du monde », apanage des humains ?

   Dans le seul but d'animer la réflexion, proposons quelques axes où la progression est géométrique, et plaçons-nous résolument en 2028.

Des objets et des « personnes »

   De nouvelles technologies de production d'énergie et une gestion raisonnable de la pollution permettent de maintenir la planète dans état organiquement vivable et suffisamment favorable à l'ensemble des autres technologies, notamment celles qui assurent les besoins fondamentaux de l'humanité : alimentation, logement, transports (sous quelques contraintes). On a bien avancé sur la fusion de l'hydrogène (énergie pratiquement illimitée) et son utilisation en carburant (pas de pollution). On sait que c'est la seule solution connue pour assurer le besoin galopant d'énergie, mais on hésite encore à franchir le pas, conscients que le risque d'explosion ou de prise en otage terroriste d'une centrale de fusion atomique est un risque inacceptable.

   La prolongation de la loi de Moore a permis de multiplier par mille la puissance moyenne des ordinateurs, la capacité des mémoires digitales et le débit des télécommunications. Quant au nombre des dispositifs « intelligents » (ordinateurs et tous objets munis d'une ou plusieurs « puces ») est de l'ordre de cent fois supérieur à la population humaine.

   Les transports mettant en jeu une énergie non corporelle (à la différence de la marche ou de la bicyclette, par exemple) sont automatisés. De cette manière, le nombre de morts sur les routes a été réduit pratiquement à zéro. Cette évolution a été finalement plus facile que prévu, et pour un coût relativement négligeable.

   Le fonctionnement coordonné de tous les objets est permis par l'existence d'un réseau général (Internet de 2008 puissamment étendu) gérant les communications et assurant l'application de normes (formats de communication, langages, comportements). Ce qui amène à ce que la position et l'état de tous les objets soient connus en permanence. Cela s'applique aux êtres humains, qui sont observés par un grand nombre de dispositifs. La présence de caméras et de lecteurs informatisés à distance est généralisée. Nous sommes tous équipés de chips sous-cutanés ou implantés plus profondément : il n'y a plus besoin de « papiers » (carte d'identité, carte de crédit, permis de conduire...) ni de clés, ni de mots de passe, pas plus que de moyen de paiement, dans la mesure où chaque objet d'une importance suffisante, et notamment ceux qui régissent les circulations aux endroits sensibles, reconnaît de façon certaine les personnes qui recourent à ses services.

   La peau et le système sensori-moteur ne font plus un écran étanche ni un canal totalement contrôlé de communication avec les autres objets, et donc indirectement avec les autres personnes. De multiples capteurs, notamment des ondes cérébrales (et les capteurs « biométriques »), complètent éventuellement les données saisies par les caméras pour connaître l'état mental de toute personne. Il est aussi possible d'agir directement sur le cerveau d'une personne. Et ce qui ne peut être observé dans l'instant peut être déduit de la mémorisation intégrée de l'ensemble des expressions de la personne depuis sa naissance, voire depuis le projet même (entrepreneurial, amoureux) qui l'a fait naître.

   Le concept juridique de « personne », physique ou morale, a évolué en conséquence. Est considéré comme personne tout objet muni de dispositifs informationnels d'un niveau suffisant pour qu'on puisse invoquer sa responsabilité : les personnes dont l'existence est absolument liée à un objet matériel, situé dans l'espace et le temps, sont dites « personnes physiques ». Cela inclut les animaux (au moins supérieurs) et les êtres humains. Mais aussi toutes les machines matérielles de niveau suffisant. Les autres personnes, dites « morales » ne sont rattachées à l'univers matériel que par une convention d'adressage qui peut être modifiée à tout instant. C'est le cas notamment des entreprises, associations et organisations politiques (autres que territoriales), mais aussi des logiciels et des grands ensembles de données ou des « personnages sans joueurs » dans les univers virtuels.

   La limite entre personnes, humaines ou non, continue de faire débat, bien que le cerveau et le corps humain possèdent encore une assez confortable marge de supériorité par rapport aux animaux et aux machines les plus sophistiquées. On se trouve fréquemment confronté au problème dit « vallée troublante » (uncanny valley) : quand les machines deviennent fortement anthropomorphes, le moindre défaut par rapport à un fonctionnement humain normal est très perturbant pour les humains.

   Un grand nombre de concepts liés à la personne et régissant ses droits et devoirs sont fondus dans le concept multidimensionnel de capacité. Personne n'a la totalité des capacités (au moins si l'on conserve le concept de genre masculin/féminin). La première des capacités est le droit à l'existence et à la non agression par d'autres personnes. Cela s'étend, mutatis mutandis, à toutes les personnes, qu'il s'agisse d'humains, d'animaux ou de machines. Dans des limites qui se précisent progressivement.

Communication et « exception humaine »

   La communication entre les objets et personnes, leur coopération, la gestion de leurs conflits et leur reproduction, plus ou moins « génétique » se fait « automatiquement ».

   Les personnes communiquent entre elles et avec le monde, dans une très large mesure, par l'intermédiaire de dispositifs « virtuels ». Les « écrans d'ordinateur » ont disparu dans la plupart des cas. Ils sont remplacés principalement par des lunettes de « réalité augmentée » ou une vision mentale générée électroniquement. Pour ce qui est de la langue, elle est unique (l'anglais), encore que les traducteurs automatiques ont atteint une qualité suffisante pour que les nombreuses langues traditionnelles puissent être encore utilisées pour des raisons purement artistiques ou passionnelles. De toutes façons, la communication verbale et proprement linguistique est de plus en plus complétée par d'autres modes d'expression corporelle, et par la communication directe de cerveau à cerveau.

   Les produits et services sont automatiquement fournis ou dispensés aux objets qui en ont la capacité (financière, juridique et médicale en particulier). Toute consommation est compensée par une réduction de la capacité financière. Toute production est rémunérée par une augmentation de cette capacité.

   Il n'y a plus besoin de prisons ni d'asiles psychiatriques au sens matériel du terme. Il en subsiste néanmoins pour le contrôle des personnes dont les comportements peuvent dégénérer de manière brutale et imprévisible, et qui ne peuvent être contrôlés par d'autres moyens (notamment chimiques). Le caractère « punitif » de la prison est assuré par des réductions de capacité (notamment de circulation dans les lieux publics) ou des obligations de production.

   La moitié de l'humanité a plus de 60 ans. Les services à la personne et la gestion des personnes dépendantes représentent une partie importante de l'activité économique. Elle est assurée en grande partie par des moyens automatisés.

   Les humains ont le droit de faire jouer le principe « d'exception humaine » pour récuser les automatismes des machines matérielles ou juridiques. Ils peuvent le faire quand ils s'estiment injustement ou inadéquatement traités par les dispositifs automatiques (par exemple, passage de péages ou sanctions pour comportement fautif).

   Ils peuvent aussi le faire pour l'obtention de leur plaisir ou la satisfaction de leurs conceptions idéologiques. Ce droit est cependant limité s'il crée des risques inacceptables, par exemple pour la conduite des véhicules, ou s'il est invoqué par des personnes dangereuses (criminels, aliénés) ou incapables de se protéger elles-mêmes (enfants, personnes séniles).

   En particulier, la reproduction physique de l'espèce humaine, comme celle de tous les autres objets, peut être assurée par des dispositifs entièrement automatiques, une fois défini le code génétique de l'enfant projeté et les caractéristiques de son environnement embryogénique. Mais les humains choisissent souvent de recourir aux processus traditionnels de la reproduction (dans l'intérêt même de l'enfant à naître, ce droit n'est accordé que si les deux parents ne présentent aucun problème médical). Enfin, la transmission du caractère proprement humain reste encore fondamentalement liée à une relation personnelle entre parents et enfants.

L'aspect mental : émotions, intentions, décisions

   L'émotion n'est plus l'apanage des animaux en général et des hommes en particulier. Les émotions sont des éléments du comportement des systèmes, dont la modélisation a été poussée, au départ plutôt pour des raisons ludiques, ensuite pour assurer un ajustement rapide et adapté des comportements. Tout dispositif non simpliste est doté d'un système émotionnel qui contribue à son bon fonctionnement, à son autoprotection et à sa communication avec les autres objets. Tous les objets d'une taille suffisante expriment leurs émotions de façon visible et reconnaissable par les autres objets. Ce point est important pour assurer un ajustement rapide et adapté des comportements collectifs, et pour apprécier les responsabilités. L'homme est ainsi protégé, dans une large mesure, par process intégré, de ses émotions à caractère archaïques, telles que la tristesse, l'agressivité ou la colère.

   L'efficacité globale du système fait un large appel à la prévision et la reconnaissance des intentions. À court terme, cela est important pour assurer la fluidité des déplacements par exemple. À long terme, il s'agit de globaliser les intentions, de manière à adapter en temps utile les moyens de production et de dispense de services (grande extension des pratiques traditionnelles du marketing et du sondage d'opinion, de la modélisation des comportements, etc.).

   Les processus décisionnels opèrent essentiellement de manière proactive. Ils raisonnent à aussi long terme et en termes aussi généraux que possible. Mais les conséquences de ces prévisions sont en permanence rabattues sur le court terme et le local. Le battement d'une aile de papillon perçu à l'horizon 2058 peut à la limite conduire à une réorganisation complète de l'entreprise le 16 août 2028 entre dix heures et dix heures trente du matin.

   Au plan rationnel, les outils logiques et computationnels sont depuis longtemps externalisés pour l'essentiel. Le plan intentionnel reste donc le plan majeur qui rend la personne « intéressante », pour elle-même comme pour les autres.

   Ce qui est important, de la part d'une personne, c'est sa valeur ajoutée décisionnelle. Autrement dit, ce qui ne peut pas être prévu de manière générale, ni déduit des informations reçues en entrée par la personne et qui ne relève pas du hasard (concept dont la définition a été précisée et doit encore être affinée).

   L'organisation de la communication et de la coopération entre personnes a pour objet de maximiser les flux décisionnels libres au niveau tant individuel que collectif. Les processus de plus en plus perfectionnés d'agrégation sont constamment développés.

   La personne humaine consacre un temps important à s'analyser pour se perfectionner et ressentir des émotions qui la satisfont.

Santé, sécurité, défense : les nouveaux risques

   Une part substantielle de l'activité humaine reste centrée sur l'alimentation. Depuis quelques années, la distinction entre aliments, médicaments, produits dopants et parapharmacie a été abolie au profit d'un « profil alimentaire » à plusieurs dimensions, intégrant la nécessité et le plaisir.

   L'absorption des aliments est libre ou plus ou moins réglementée en fonction de la « capacité » des personnes. On peut d'ailleurs modifier temporairement cette capacité (par exemple, incapacité à conduire un processus dangereux en cas d'alcoolémie). Certains aliments font l'objet de réglementations générales positives ou négatives, telles que l'obligation pour certains types de maladies de prendre certains médicaments à période fixe ou l'interdiction de boire au volant. Les produits dopants sont autorisés dans la limite des capacités de la personne ou des contrats qu'elle passe (compétitions sportives)

   La médecine combine désormais des traitements physiques traditionnels (réduction des fractures, chirurgie), des traitements chimiques (médicaments), des traitements informationnels (dont les stimulateurs cardiaques ont été les ancêtres) et des traitements mentaux (emprise de la conscience sur la santé). La chirurgie inclut des prothèses de tous types y compris l'implantation de chips électroniques.

   Mais le système nerveux humain ne s'est encore que très peu habitué à la perméabilité du système ambiant. Le fait même que des millions d'autres « personnes » s'intéressent à soi et à ses intentions, peut donner souvent une impression d'être dominé, de ne plus être « maître de soi ». Heureusement, la psychanalyse et la psychiatrie ont fait des progrès considérables. De nouveaux types de thérapie ont sensiblement réduit les cas graves de névrose et de psychose. Ils s'appuient notamment sur une extension du dialogue sur le divan, à base de langage oral et usant d'interfaces spécifiques avec des dispositifs médicaux.

   Mais il est impossible supprimer toute criminalité sans mettre fin à toute liberté. On ne peut pas non plus, pour des raisons de logique mathématique, construire des antivirus universels. Les jeux délinquants consistent principalement :

  • à augmenter illégitimement sa capacité pour pénétrer des espaces et se donner des moyens d'action auxquels l'on n'a pas droit,

  • à tromper les systèmes de gestion des capacités et des droits,

  • à pratiquer des actions au minimum symboliques (les « gentils hackers ») et pire destructrices à plus ou moins grande échelle (terroristes), avec le cas intermédiaire simplement intéressé et « crapuleux ».

   Quand il n'est pas purement irrationnel ou intéressé, le jeu criminel consiste essentiellement à remettre en cause les processus décisionnels du plus haut niveau. Les personnes physiques doivent s'en défendre. A fortiori les personnes morales, en particulier les démocraties nationales (territoriales par nature) mais aussi les organisations non territoriales qui ont pris de plus d'importance avec le développement des télécommunications (ONG, entreprises transnationales, communautés ludiques).

   La transgression est donc courante, mais en général « vénielle ». Un rôle important des organisations politiques est d'en limiter les conséquences physiques irréparables sans atteindre aux libertés fondamentales. Un point important de cette régulation est le degré d'autonomie accordé aux groupes de personnes et au niveau de « communautarisme » qu'ils développent.

   Le droit pénal est appliqué en première instance par des dispositifs automatiques (un des premiers cas ayant été l'introduction des radars sur les routes). Les humains peuvent toujours se prévaloir de l'exception humaine pour contester le jugement de première instance.

   Aucune personne, physique ou morale, humaine ou non, n'est totalement en bonne santé. Il y a toujours plus ou moins de limitations, handicaps, attaque temporaire microbienne (un des rares cas où l'on parle encore de maladie et de soins curatifs), état embryonnaire, infantile ou sénile. Aucune personne ne dispose totalement des droits civils et politiques. Pour des raisons d'âge, de santé mentale, mais aussi en raison des contrats passés, de la situation familiale et territoriale.

   Bien qu'un système mondial de « minimum vital » soit assuré, et complété par des dispositions particulières en cas de catastrophe, les inégalités restent importantes. Une tension constante subsiste entre « riches » et « pauvres ». Les transgressions des uns alimentent celles des autres. Les « pauvres » s'estiment moralement fondés à prendre ce qui juridiquement ne leur appartient pas. Les « riches » justifient par cette délinquance des privilèges et d'excessives mesures de protection.

Rester heureux et épanouis : le jeu et l'art

   Le monde de 2028 est largement ludique. Il ressemble plus au jeu Second Life de 2008 qu'à la ville de 1958 et a fortiori à la ferme rurale de 1908. On est dans le monde de l'immatériel et du désir. La satisfaction des besoins nécessaire prend très peu d'énergie et d'attention : trouver des envies à satisfaire est la préoccupation majeure des consommateurs. Cibler par anticipation de nouveaux désirs ou les créer, celle des mercateurs.

   Le succès des entreprises repose sur des moyens de séduction promotionnels fondés sur un géomarketing poussé (on sait tout des habitudes d'achat de chacun) et la création d'émotions. La sollicitation du consommateur est très forte, et le client est plus roi que jamais, d'autant que les problèmes de solvabilité n'existent plus. Avantage du virtuel omniprésent : il est possible d'expérimenter beaucoup, dans des « simulations » où l'on peut faire les pires erreurs sans casse réelle, comme dans un simulateur de vol. Bien évidemment, le papier ne sera qu'un objet historique. La localisation de l'entreprise sera virtuelle : les espaces de rencontre seront fluctuants, et la production comme l'ensemble des flux matières seront externalisés sur quelques spécialistes mondiaux.

   Les critères esthétiques prennent le devant de la scène. La rémunération personnelle et la solvabilité/rentabilité des personnes morales restent bien entendu une contrainte majeure, mais de niveau inférieur, puisque de toutes façons, on ne joue pas « à somme finie ». Il est donc plus important de montrer un beau jeu que d'aligner le meilleur score.

   L'artiste n'est plus le solitaire génial et un peu fou qui peint une chaise au fond d'une masure provençale. C'est toute personne, et l'entreprise avant tout, qui construit d'un même élan son activité et son image, qu'il s'agisse de faire bon effet sur son site d'information ou de vente, dans un comité d'entreprise ou à la Bourse.

   L'art est la source fondamentale des flux décisionnels de haut niveau. C'est là que les transgressions elles-mêmes peuvent prendre leur sens de manière non régressive. En 2028, se continue la dialectique permanente, et toujours « critique » entre les avant-gardes culturelles et artistiques et le corps social complet. Mais, à la différence d'autres époques où les préoccupations matérielles ou la sécurité occupaient le devant de la scène, cette dialectique ludique et esthétique est devenue centrale.

   L'ataraxie épicurienne (vivre agréablement et sans trouble) reste l'objectif de tous. Mais chacun peut s'en faire une idée bien personnelle, ce qui laisse entière pour chacun la responsabilité de préserver sa liberté individuelle de pensée et d'action qu'aucun système d'organisation politique ne saurait préserver : chacun se doit de travailler sur son épanouissement intérieur. Les métiers consacrés à ce domaine connaissent encore une expansion majeure.

Pierre Berger,
Joël Berger

Pierre Berger est fondateur du Club de l'Hypermonde, créateur du logiciel Roxame et auteur du livre L'informatique libère l'humain, la relativité digitale.

Joël Berger est fondateur de TRIPÔLE (efficacité relationnelle, détermination et leaderhip) et auteur des livres La théorie du tabouret et Les trois sources de la conscience.

Paru dans Entreprise 2018, Conseil Supérieur de l'Ordre des Experts Comptables, Paris 2008, pages 248-251..
http://issuu.com/hubee/docs/entreprise_2018
http://issuu.com/hubee/docs/entreprise_2018/248

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Association EPI
Février 2010

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