En juin 1982 la MITIF annonçait l'élaboration d'un schéma directeur pour l'Informatique, la télématique et l'audiovisuel. Cinq groupes de travail étaient mis en place afin de recueillir des propositions qui devaient être soumises à Monsieur le Ministre de l'Éducation nationale dès septembre.
Nous avons publié la participation de l'EPI dans le
Bulletin n° 28. Nous avons demandé au Groupe Informatique de l'INRP de résumer pour nous les propositions que l'Institut a présentées.


PARTICIPATION DE L'INRP EN VUE DE L'ÉLABORATION D'UN SCHÉMA DIRECTEUR POUR L'INFORMATIQUE
 

     Pour répondre à la demande de la MITIF, l'INRP a organisé une réunion nationale des enseignants animateurs des équipes de recherche. Les débats ont porté sur les objectifs de l'introduction de l'informatique et les moyens mis en oeuvre : équipement, formation, recherche, animation, logiciels etc. avec le souci d'avancer des propositions concrètes à partir des besoins ressentis sur le terrain.

     À partir de là, deux textes ont été élaborés :

  • une « contribution à la définition des objectifs généraux », qui est résumée ici,

  • des orientations de recherche, qui pourraient être présentées dans un prochain bulletin.

CONTRIBUTION À LA DÉFINITION DÉS OBJECTIFS GÉNÉRAUX

     L'introduction de l'informatique dans l'éducation suscite des espoirs, mais soulève également des inquiétudes dont le rapport de MM. LE CORRE et PAIR s'est déjà fait l'écho.

     Les craintes exprimées par les milieux éducatifs ne sauraient être attribuées a priori à la « résistance » du corps enseignant. Au moment où des décisions pratiques doivent être prises, il est nécessaire de souligner les éléments qui dans la réalité peuvent justifier des inquiétudes ou comporter des risques.

     Nous faisons donc quelques constats suivis de propositions et de recommandations.

I - LES CONSTATS

1) Le changement d'échelle

     Il convient de rappeler que le plan « 10 000 micros » a fait passer l'informatique pédagogique, assez brutalement, d'une phase d'évaluation à une phase de généralisation.

     Il n'est donc pas impossible que les inquiétudes se nourrissent d'abord des dimensions considérables prises par une opération restée longtemps très limitée.

     Les interrogations se font nombreuses sur :

  • les enjeux en cause (technologiques, économiques, culturels), la spécificité des projets de l'Éducation nationale, leurs relations avec les autres schémas de développement,

  • la nature, le volume et les conséquences des utilisations vers lesquelles on s'oriente : utilisation de didacticiels, enseignement de l'informatique.

2) Les changements technologiques

     Le changement de dimension a été accompagné par un renouvellement des équipements, Celui-ci intervient, alors quo les enseignants n'ont pas le sentiment d'en maîtriser totale ment les utilisations pédagogiques.

     Les logiciels développés et publiés dans la phase expérimentale ne se sont pas tous avérés propres à une diffusion à grande échelle : insuffisance qualitative, ou changements intervenus dans les programmes officiels pour certains, complexité du transfert pour d'autres.

     Aujourd'hui, près du quart de ce fonds seulement, a été récupéré.

     Ce fonds n'est pas susceptible d'entraîner la conviction des enseignants quand à l'intérêt pédagogique de l'informatique, à cause de l'insuffisance des applications présentées dans les diverses disciplines. Ceci d'autant plus que le transfert concerne en premier lieu les logiciels qui ont été réalisés et beaucoup moins les idées développées simultanément :

  • nécessité d'une intégration pédagogique,

  • accroissement des échanges interdisciplinaires,

  • intérêt des méthodes liées à l'informatique : algorithmique, analyse de données, simulation et modélisation, résolution de problèmes...

     Soulignons par ailleurs que l'avance prise par les possibilités et les décisions d'équipement accroît les préoccupations de nature technologique et freine le développement de la réflexion et des réalisations pédagogiques. Il se profile un risque de course aux équipements, si le choix des matériels précède les applications et l'évaluation des gains potentiels.

3) Les besoins de formation(s)

     Actuellement il est offert une formation de formateurs et une formation d'utilisateurs beaucoup plus légère - l'une et l'autre ont pour but de pallier les inconvénients dus d'une part aux retards accumulés et d'autre part au rythme d'équipement des établissements.

     Pour les enseignants qui auront sur le terrain la charge de l'introduction de l'informatique, ces palliatifs aboutissent à une formation qui ne leur permettra que très difficilement d'utiliser des produits ou des approches renouvelant les méthodes ou impliquant une compétence technique particulière. Ceci risque d'entraîner en conséquence la réalisation de logiciels très simples.

     En fait, les motivations des enseignants, leurs intérêts et leurs demandes de formation(s) restent mal connus et devraient être étudiés.

     Il est indispensable que les formations proposées, tiennent compte des objectifs retenus pour l'introduction de l'informatique mais également des demandes exprimées et de leur évolution.

     En passant en revue ces quelques problèmes il nous semble que la situation actuelle appelle deux observations générales :

  1. Il existe un déséquilibre important entre l'investissement en matériels et l'investissement pédagogique.
    Ceci entraîne une demande très forte au niveau de la formation ; la satisfaction de cette demande ne peut alors se faire qu'au détriment de la production, de l'animation ou de la recherche,

  2. Il existe un risque réel de glissement vers l'installation des usages techniques de l'informatique (ce qui est en soi positif) avec une régression des usages pédagogiques.

II - LES PROPOSITIONS ET RECOMMANDATIONS

1) Définir des objectifs prioritaires à l'introduction de l'informatique dans l'enseignement, tels que :

  • la lutte contre les échecs scolaires,

  • le développement des conditions du travail autonome,

  • l'élévation du niveau général de culture technologique, etc.

2) Rechercher une évolution conjointe de l'équipement de la formation de la recherche de la production et de l'animation.

3) S'appuyer au niveau des établissements sur des équipes pédagogiques réunies autour d'un projet éducatif.

4) Veiller à la diversification et au renouvellement des méthodes et des outils de l'introduction de l'informatique ; accompagner le plan de développement d'un programme de recherche anticipant les utilisateurs pédagogiques et les choix technologiques.

5) Adapter le rythme, la nature et le volume de l'équipement des établissements à leur capacité d'intégrer la technologie et à l'ampleur des projets pédagogiques de leurs équipes.

6) Diversifier les lieux, la durée et les contenus des formations offertes. Proposer aux équipes les formations requises pour la réalisation des projets.

7) Mettre à la disposition des enseignants des outils généraux pour la conception et la réalisation de produits pédagogiques : logiciels cadres, aides à l'écriture de logiciels, etc.

8) Favoriser les échanges directs entre les établissements, notamment au niveau régional.

9) Apporter à toutes les équipes un soutien technique et méthodologique, en particulier en matière de documentation.

Paru dans la  Revue de l'EPI  n° 29 de mars 1983.
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Association EPI

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