À la suite du changement de gouvernement, le SGEN demande au nouveau Ministre de l'Éducation nationale, Alain Savary, le « gel » du plan informatique. Aussitôt, l'EPI soutenue par les syndicats de la FEN intervient directement auprès du ministre. La réaction de ce dernier est rapide : le 3 juillet 1981, une mission est confiée à Claude Pair et Yves Le Corre. Le 23 juillet, une note annonce pour la rentrée l'accroissement des formations et des équipements, la mise en place expérimentale de l'option informatique en classe de seconde et une importante phase de concertation. Le rapport Pair-Le Corre (auquel l'EPI a activement participé), remis le 15 octobre 1981, va accélérer encore le processus. Nous reproduisons ci-dessous le chapitre concernant la formation des enseignants ainsi que la liste des chapitres.
L'EPI a publié une analyse détaillée de ce rapport dans son Bulletin n° 28 de mars 1982.


« L'INTRODUCTION DE L'INFORMATIQUE DANS L'ÉDUCATION NATIONALE »

Rapport Claude Pair, Yves Le Corre
(extrait)

 
3 - LA FORMATION : LES ENSEIGNANTS ET L'INFORMATIQUE

3.1. Généralités

     L'informatique est à la fois un outil d'enseignement, une science et une technique. L'enseignement de cette technique est l'objet de formations professionnelles qui n'entrent pas dans le champ de ce rapport mais dont il faut envisager le développement avec prudence au niveau de l'enseignement secondaire et avec détermination à celui de l'enseignement supérieur. En dehors de ces formations, il ne parait pas actuellement souhaitable de créer pour l'enseignement secondaire un corps d'enseignants d'informatique et ceci même si l'enseignement d'une discipline informatique devait se développer pour les élèves (Voir l'annexe A.3 : introduction expérimentale de la discipline informatique dans l'enseignement comme option de la classe de seconde dans 12 lycées). En effet, l'informatique peut aider à un décloisonnement entre les disciplines qui est aujourd'hui particulièrement nécessaire. D'autre part, dans l'enseignement élémentaire et secondaire, elle a pour principal intérêt ses applications dans les divers domaines de l'activité humaine et son aspect formateur ne saurait se séparer de ses applications. Enfin, le marché de l'emploi informatique est actuellement très tendu et il serait difficile et peu souhaitable sur le plan de l'intérêt général d'y recruter des enseignants.

     Au contraire, les enseignants de toutes disciplines doivent pouvoir employer l'informatique comme outil d'enseignement et parler à leurs élèves de son insertion dans la Société.

     Dans tout ce qui suit, le mot « enseignant » doit être entendu au sens large. Il recouvre par exemple les personnels de documentation, de l'administration et les conseillers pédagogiques.

3.2. Les rôles des enseignants

1) Tous les enseignants devraient donc posséder :

  • une connaissance générale de la nature de l'informatique et de ses applications dans la société d'aujourd'hui

  • la compétence nécessaire pour employer des didacticiels dans leur enseignement.

2) Cet emploi des didacticiels posera cependant des problèmes techniques et même pédagogiques qui ne pourront être résolus par tous les enseignants s'ils sont laissés à eux-mêmes. D'autre part, la gestion quotidienne d'un ensemble d'ordinateurs demande du temps et une certaine compétence. Il faut donc envisager l'existence d'équipes d'animation (voir annexe A.3 une liste de leurs tâches). Ces équipes devraient jouer également un rôle dans la production des didacticiels. Des décharges au titre de l'animation devraient être affectées aux établissements équipés pour être réparties aux membres de l'équipe d'animation.

3) La formation des enseignants aux deux niveaux précédents, l'encadrement de la production de logiciels, la recherche pédagogique, l'enseignement de l'informatique dans des options spécialisées, demandent des connaissances plus approfondies conduisant à des enseignants à double compétence, leur discipline et l'informatique.

     Pour les lycées et les collèges, il faut obtenir assez rapidement les trois niveaux précédents par une formation légère de tous les volontaires au niveau 1, la constitution d'une équipe d'animation au niveau 2, une formation approfondie au niveau 3. Ceci est déjà en cours dans les lycées bien que le niveau 2 n'ait pas été assez clairement envisagé jusqu'à présent. Pour les lycées d'enseignement professionnel et les collèges, il faut insister d'abord sur le niveau 3 pour créer des didacticiels et expérimenter.

     Le cas des écoles est plus délicat. Les objectifs et l'opportunité même de l'introduction de l'informatique restent à définir. Privilégier l'enseignement « spécial » est sans doute souhaitable. Pour permettre d'approfondir les réflexions, la formation au niveau 3 de professeurs d'école normale et quelques instituteurs est nécessaire dans l'immédiat.

3.3. La formation continue

3.3.1. La formation légère (niveau 1)

     Elle s'adresse à des professeurs volontaires. Cependant, pour que le choix soit fait en connaissance de cause, elle pourrait être précédée d'une information, d'une demi-journée par exemple, destinée à tous les professeurs et effectuée par discipline sous la responsabilité des I.P.R. ; il serait bon que le contenu de l'information et les documents correspondant soient préparés sur le plan national le CNDP pourrait en être chargé.

     La formation légère doit être effectuée dans chaque établissement dans l'année de son équipement. Elle peut être reprise ensuite pour les enseignants qui ne l'auraient pas suivie cette année-là.

     Elle a un double objectif :

  • pour tous les enseignants volontaires, les former au niveau 1 : familiarisation avec l'informatique et ses applications, emploi de l'enseignement assisté par ordinateur

  • dégager une équipe d'animation comportant au moins une personne par discipline (ou groupe de disciplines volontaires).

     Après un tronc commun, il est possible d'envisager un partage entre les professeurs plus intéressés par la programmation et ceux qui sont plus intéressés par l'E.A.O. L'ensemble de cette formation. doit durer au moins 80 heures. Puis un suivi devrait être assuré pour les enseignants engagés dans des travaux personnels et pour la formation de l'équipe d'animation.

     La formation sera assurée par une équipe de professeurs formateurs de plusieurs disciplines. L'un deux sera désigné comme responsable. Un formateur ne devrait être responsable que d'un établissement ; il pourrait intervenir dans 1 à 3 autres.

     L'organisation et la répartition de la formation dans le temps doivent être proposées par l'établissement dans sa demande d'équipement. Après avis de la commission académique de l'informatique, ils seront mis au point par discussion entre le chef d'établissement et le responsable de formation.

     Il faudrait envisager d'effectuer la formation en dehors du service en payant aux enseignants qui la suivent une partie du temps qu'ils consacrent, par exemple une heure année pour l'ensemble de la formation. Tous les formateurs d'une académie constitueront une équipe académique. Un I.P.R. devrait être désigné pour coordonner et suivre leur travail. Cet I.P.R. recevrait une formation préalable ; l'information des inspecteurs généraux, des I.P.R., des chefs d'établissement est d'ailleurs à envisager à ce même niveau.

3.3.2. La formation à l'animation (niveau 2)

     Elle commence en même temps que la formation légère. Puis, chaque année, l'équipe d'animation fait état, dans le rapport qu'elle doit fournir à la commission académique, des besoins de formation complémentaire qu'elle ressent. La commission organise les formations nécessaires avec l'aide de l'enseignement supérieur (centres de stage, I.R.E.M.), des formateurs, du C.R.D.P.

3.3.3. La formation approfondie (niveau 3)

     Elle est effectuée pendant un an dans des centres universitaires ; en 1981-1982, 11 centres : en province à Grenoble, Lille, Lyon, Nancy, Nice, Poitiers, Rennes, Toulouse, et dans la région parisienne à Jussieu, Saint-Cloud (ENS), Ulm (ENS). Le programme est placé en annexe A.3. Ces centres auront une activité de Formation, de Recherche et de Développement.

     Le nombre de stagiaires en formation, qui est d'un peu plus de 200 en 1981-1982, devrait croître légèrement dans les années ultérieures. Cela devrait amener à ouvrir de nouveaux centres.

     Il est demandé aux centres d'assurer aussi un suivi des anciens stagiaires, une animation, une recherche. En particulier, le suivi de l'option expérimentale d'informatique est assuré en 1981-1982 par 4 des centres précédents.

     La formation des professeurs de sciences et techniques économiques devant enseigner l'informatique est de ce même niveau. Il conviendrait d'examiner quels liens doivent exister entre les deux types de formation.

3.4. La formation initiale

     Toutes les formations évoquées plus haut sont des formations continues. Il serait souhaitable qu'elles puissent être relayées par la formation initiale, en tout cas avant le moment où devront être recrutés des enseignants en grand nombre.

     La formation initiale doit porter à la fois sur l'informatique elle-même et sur son emploi dans l'enseignement et la documentation.

     L'initiation à l'informatique devrait faire l'objet d'une unité de valeur dans toutes les formations universitaires conduisant à l'enseignement (D.E.U.G., instituteurs, licence...). Cette unité de valeur serait bien liée à la discipline principale de l'étudiant. D'autre part, dans l'année de formation professionnelle (écoles normales, centres de formation à l'enseignement spécial, centres de formation de P.E.G.C., E.N.N.A., C.P.R.), serait intégrée une formation qui insisterait sur l'insertion de l'informatique dans l'enseignement.

     L'objectif est d'atteindre ainsi le niveau 1 précédent pour tous les enseignants recrutés et de leur permettre un accès facile au niveau 2. Le niveau 3 devra toujours être acquis en formation continue si on poursuit le choix de ne pas recruter de spécialistes d'informatique. Une autre possibilité serait de créer des formations universitaires et des concours de recrutement mixtes, informatique plus une autre discipline ; cette idée intéressante paraît difficile à mettre en oeuvre dans l'immédiat.

3.5. Le rôle de l'enseignement supérieur

     L'enseignement supérieur joue un rôle essentiel tant pour la formation continue que pour la formation initiale, sans oublier la recherche en didactique. Il faut donc envisager un renforcement important en enseignants d'informatique dont le nombre est déjà très insuffisant pour la formation de professionnels de l'informatique. Il faut aussi penser à former des enseignants du Supérieur appartenant à d'autres disciplines pour qu'ils puissent enseigner l'informatique à leurs étudiants et poursuivre des recherches de didactique sur l'introduction de l'informatique dans leurs disciplines. Enfin, des options de DEA « informatique et enseignement » pourraient être créées pour favoriser une recherche dans ce domaine.

3.6. Propositions

- Organiser selon les principes ci-dessus :

a) la formation légère (une centaine d'heures) assurée par des enseignants issus de la formation approfondie, en liaison avec les IPR et avec le CNDP et les CRDP,

b) l'animation : des heures de décharge doivent, sur proposition de l'établissement, y être affectées,

c) la formation approfondie : 200 à 300 stagiaires par an dans une quinzaine de centres de stage liant universités et CRDP. Donner à chaque centre de stage la triple vocation Formation, Recherche, Développement ; y créer 2 postes d'enseignant en informatique, 1 poste administratif et 1 poste de technicien et apporter un crédit particulier pour son activité en Formation.

- Organiser pour les conseillers en orientation et les documentalistes une option sur la documentation automatisée.

- Faire participer les professionnels de l'informatique à la formation dans le cadre du congé formation.

- Favoriser la création de clubs « informatiques » dans les établissements.

- Créer un nombre important de postes d'informatique dans l'Enseignement supérieur.

- Créer des options de DEA « informatique et enseignement ». 

 

LES CHAPITRES DU RAPPORT

Introduction

1 - Les objectifs

2 - La recherche

3 - La formation

4 - Les micro-ordinateurs

5 - Télématique « grand public »

6 - Télématique « éducation nationale »

7 - Les logiciels

8 - Les structures

Conclusion

Annexes

L'EPI a publié une analyse détaillée de ce rapport dans son Bulletin n° 28 de mars 1982.

___________________
Association EPI

 

Accueil EPI

Historique