Les TIC : un apprentissage innovant pour la géographie universitaire en Tunisie

Amin Mehdi
 

Résumé :
Cet article vise à éclaircir le cadre des enseignants et étudiants en géographie universitaire en Tunisie sur les avancées technologiques réalisées dans les techniques de collecte de l'information géographique. Aussi bien le but de cet article est de préciser à la fois l'immense champ qui s'ouvre devant la géographie universitaire en utilisant les TIC et les relations d'interdisciplinarité qui pourraient exister avec les autres disciplines utilisant ces techniques ; et les situations d'enseignement d'utilisation de ces outils et les contraintes qui peuvent faire obstacle à une utilisation pédagogique adéquate.

Mots-clés : Cartographie numérique, Système d'Information géographique (SIG), apprentissage cartographique/pédagogique, modélisation, simulation, banques de données, raisonnement géographique, sémiologie, formation.

1. Introduction

   L'arrivée de Google Maps a très nettement bouleversé l'image des outils informatiques de visualisation de données géographiques chez les enseignants et les étudiants comme dans le grand public. Internet a facilité l'accès à l'information géographique, les « globes virtuels » et autres sites de webmapping (Google Earth, Nasa Worldwind, Géo portail.) ont commencé à faire leur entrée dans l'enseignement de la géographie (ex. la France) et à remplacer la carte murale ou l'atlas. Un nombre croissant d'enseignants et d'étudiants manipule quotidiennement des cartes numériques, à la fois pour des usages individuels (calcul d'itinéraires, GPS de navigation ou d'orientation...) et pour des usages universitaires, répondant à des enseignements et à des apprentissages cartographiques en cours de géographie : accès à des ressources cartographiques sur Internet, construction de cartes et de croquis par ordinateur, consultation voire édition de couches d'information au sein de véritables Systèmes d'Information Géographique en ligne ou hors ligne.

2. Les Tic : un outil au service de la géographie universitaire

   Les programmes de géographie à l'université en Tunisie recommandent d'intégrer les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) (internet, SIG, logiciels de traitement d'images, etc.), notamment dans les pratiques modulaires. De façon générale, les Technologies de l'Information et de la Communication sont des outils supplémentaires dans l'appropriation des savoirs et des méthodes géographiques existantes dans l'enseignement de la discipline en Tunisie.

   Cette recherche didactique intitulée : les TIC dans l'enseignement de la géographie à l'université en Tunisie essaye de mettre en évidence également que les TIC contribuent à l'évolution des dispositifs pédagogiques et des méthodes de travail de la géographie universitaire en ouvrant sur :

  • Des pratiques plus expérimentales qui permettent d'explorer en ayant une réaction immédiate.

  • Une pratique plus répandue, mais aussi nécessairement plus raisonnée, de la recherche documentaire.

  • Le développement du travail autonome en particulier dans le cadre de l'aide individualisée.

  • Une mise en commun de données géographiques et de documents.

  • Un travail coopératif entre étudiants et enseignants.

   Pour ce faire, les étudiants et enseignants en géographie peuvent aussi utiliser de nombreux autres progiciels, depuis les traitements de texte jusqu'aux Systèmes d'Informations Géographiques, en passant par les tableurs, cartographeurs, les logiciels de traitement d'images satellitales, voire les logiciels de modélisation et de simulation.

   On citera encore les outils propres au travail en réseau (courrier électronique, consultation et dialogue au travers de sites sur Internet, etc.) qu'ils soient locaux ou distants, nationaux ou internationaux. Ces ressources peuvent être utilisées dans la géographie universitaire et les enseignants peuvent les intégrer dans leurs démarches que ce soit pour préparer les cours ou dans les pratiques de cours.

   Ces nouveaux usages en développement s'inscrivent nécessairement dans une réflexion qui relève de la formation critique du citoyen : recherche et analyse critique des documents géographiques, capacité à analyser et critiquer les résultats des différents modèles cartographiques et de leur représentation sémiologique, prise en compte multicritères des choix d'aménagement de l'espace géographique.

   Les Technologies de l'Information et de la Communication peuvent être utilisées de façon ponctuelle à l'occasion d'un thème pour lequel elles se prêtent particulièrement bien à l'apport d'un nouvel éclairage ou d'une nouvelle démarche, mais elles peuvent avec profit s'inscrire dans une progression tout au long de l'année.

3. Dans quel contexte mettre en oeuvre les TIC ?

   Divers contextes d'utilisation peuvent se présenter :

  • En cours, dans le cadre d'une utilisation collective, ces outils permettent d'explorer, de visualiser des documents géographiques, de proposer en temps réel différentes cartographies ou simulations. L'outil est alors utilisé comme un support de cours, de façon ponctuelle, pour appuyer une démarche pédagogique, en utilisant un dispositif de projection de l'écran de l'ordinateur (grand écran ou vidéo projecteur).

  • En séance modulaire, il s'agit alors d'une activité individuelle ou en petits groupes, proposant soit des recherches documentaires, soit des exercices sur des logiciels de cartographie ou de traitement de données (tableur grapheur), permettant à l'étudiant de construire lui-même des documents. Il pourra par exemple effectuer plusieurs essais cartographiques d'une même thématique pour en faire une analyse critique et proposer une synthèse en fonction des hypothèses choisies. De même, la diffusion de logiciels de simulation et surtout de systèmes d'informations géographiques permettra de travailler sur des hypothèses d'aménagement du territoire.

  • Dans le cadre des travaux personnels encadrés, le recours aux banques d'informations sur Internet devient une source de documentation de plus en plus nécessaire. L'étudiant doit donc apprendre à maîtriser l'interrogation de bases de données via des moteurs de recherche, à critiquer et trier les informations pertinentes et restituer celles ci de plus en plus sous la forme de dossier électronique.

   Si aujourd'hui la consultation des sites télématiques semble avoir donné une nouvelle perspective à l'utilisation des TIC en géographie, il ne faut pas oublier l'apport fondamental des logiciels de traitement de l'information qui contribue à la fois à donner à l'étudiant une connaissance et un savoir faire des outils de ces deux disciplines, mais aussi à lui permettre de s'approprier les savoirs par une démarche autonome.

4. Les TIC facilitent la relation avec les disciplines voisines

   Les relations peuvent se faire avec différentes disciplines. Tout d'abord avec les sciences économiques et sociales dans l'optique des TD, l'exemple de la ville, thématique qui se prête à la fois à de la recherche documentaire en ligne, à la réalisation de typologie à partir d'une cartographie et à l'analyse de dynamique spatiale au travers de la comparaison d'images satellitales multi-temporelles.

   Par ailleurs, dans le cadre de l'éducation à l'environnement, des travaux communs peuvent être effectués en utilisant les TIC avec les Sciences de la vie et de la Terre et les Sciences physiques et chimiques.

   En TD, l'étude des zones de risques naturels majeurs et anthropiques et des implantations humaines dans ces zones peut faire l'objet d'un travail de recherche commun sur les différents sites qui existent sur les séismes, avec une cartographie des localisations sismiques et des implantations humaines ou encore sur l'implantation des usines à hauts risques.

   Des travaux peuvent aussi être menés sur le thème de l'eau, en l'abordant conjointement avec les sciences physiques et chimiques sous l'aspect de la qualité (une ressource convoitée et parfois menacée). La recherche et l'analyse de différents sites Internet de données sur l'eau peut permettre de constituer des dossiers d'actualité sur un sujet qui va devenir l'un des enjeux majeurs du siècle à venir.

   Enfin, des travaux communs peuvent être menés avec les Mathématiques en travaillant sur le calcul d'indices simples qui seront visualisés sous forme de courbes sur un tableur grapheur ou sous forme de cartes avec un cartographeur. Dans tous les cas, il s'agit pour les étudiants de s'approprier des outils supplémentaires tant d'appropriation de savoirs et de méthodes que de production de travaux.

5. Quelques contraintes à l'utilisation des TIC en géographie universitaire

   « La réticence envers les Technologies de l'Information et de la Communication de la part de certains enseignants peut s'expliquer en partie par des questions pédagogiques liées aux programmes et au bouleversement du statut de l'enseignant dans le mode d'activité pédagogique qu'induit l'utilisation d'outils informatiques, dans laquelle les étudiants deviennent actifs. » (Carlot, Genevois 2005).

   Ces difficultés s'expliquent aussi par des raisons d'ordre plus pratique. Même si lever certaines contraintes techniques ne fera pas disparaître des difficultés d'ordre pédagogique et institutionnel, cela permettrait de ne pas utiliser les premières comme prétexte à ne pas discuter des secondes.

- Les contraintes matérielles et techniques

   L'utilisation des outils informatiques dans le contexte de l'enseignement de la géographie à l'université est en effet fortement contrainte matériellement par les emplois du temps, les programmes, les conditions d'accès aux salles informatiques, les difficultés de dédoubler les classes pour des travaux pratiques, les compétences individuelles des enseignants et les modalités du travail collectif.

   La diffusion des TIC dans l'enseignement de la géographie à l'université nécessite donc une bonne formation des enseignants aux TIC, des ordinateurs en réseau et en bon état de marche, la possibilité d'installer des logiciels et d'avoir accès à des données, un support technique en cas de problème. Le public visé pour la diffusion de ces outils ne doit pas être les enseignants experts qui sont capables d'utiliser ces techniques plus ou moins régulièrement dans leurs cours grâce à un investissement individuel et une passion personnelle forts pour ce domaine. Ceux-ci sont capables de trouver et mettre en oeuvre les ressources nécessaires par eux mêmes. Il ne s'agit pas non plus de convaincre les enseignants réticents, pour des raisons culturelles ou générationnelles.

   La cible doit être le nombre vraisemblablement plus élevé d'utilisateurs moins investis, mais qui, s'ils disposaient de ressources plus accessibles et aisément utilisables, seraient prêts à les mettre en oeuvre régulièrement. La diffusion de l'utilisation d'outils informatiques passe par la fourniture de solutions techniques mieux adaptées à la situation pédagogique concrète.

- Un travail en équipe, interdisciplinaire et hybride

   Nous croyons que la réussite de l'utilisation des outils informatiques est étroitement liée à la volonté des enseignants de travailler en équipe. La réassurance des néophytes par les plus expérimentés est en effet indispensable. Mais cette volonté doit s'appuyer sur une possibilité de travailler plus collectivement. Par ailleurs, les outils informatiques ne sont pas des outils disciplinaires.

   « Toutes les études sur la diffusion des TIC dans les organisations ont montré que leur intérêt et leur complexité étaient toujours liés à leur positionnement transversal, conduisant des services qui s'ignoraient à travailler ensemble » (Pornon, 1998 ; Roche, 2000). On peut penser qu'il en va de même dans le domaine universitaire. Les outils informatiques ont vocation à décloisonner les classes et les disciplines.

6. Conclusion

   Au-delà de ces difficultés et interrogations, les TIC peuvent être perçues (en attendant que cette recherche le confirme ou non) avec beaucoup d'intérêt par les étudiants et les enseignants. Les TIC donnent une « image » nouvelle et dynamique de la géographie universitaire, trop souvent vue auparavant comme une discipline de mémoire peu attrayante. La mise en oeuvre des TIC conduit à mettre en place des situations d'apprentissage instrumentées qui répondent à l'évolution du cadre pédagogique du cours de géographie. Celui-ci se déroule encore dans la plupart des cas en présence de l'enseignant, mais prend aussi de plus en plus la forme d'un enseignement « hybride » mêlant des situations en présentiel et à distance. Il ne s'agit pas de développer la formation à distance, mais plutôt de permettre l'accès distant à un environnement pédagogique pour l'enseignant et pour les étudiants. Cet environnement de travail prend la forme d'un outil en ligne, permettant d'accéder à un ensemble de fonctionnalités, de ressources et d'activités.

Amin Mehdi

Université Denis Diderot Paris 7,
Université virtuelle, ISEFC - Tunis,
Laboratoire de recherche SYFACTE, Université de Sfax
Mél. : amin.mehdi@yahoo.fr
Tél. : 0021621848952

Bibliographie

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Balpe, J.-P. (1990). Les hyper documents - hypertexte, hypermédias, Paris, éd. Eyrolles.

Beguin, M., Pumain, D. (1994). La représentation des données géographiques. Statistique et cartographie, Paris, A. Colin.

Bernard, D., Fabre, G., Pinet, J.-M. (1991). Enseigner la géographie avec les images satellites, L'Information géographique n° 55, p. 153-262.

Brouste, P., Cotte, D. (1993). Le multimédia. Promesses et limites, Paris, ESF, cou. Systèmes d'information et nouvelles technologies.

Carlot, Y., Genevois, S. (2004). Les SIG didactiques permettent-ils des apprentissages innovants au service de la discipline scolaire ? Journées d'études didactiques de l'histoire et de la géographie, Caen, octobre 2004 (publication sur cédérom).

Carlot, Y., Genevois, S. (2005). Des SIG didactiques peuvent-ils favoriser l'apprentissage de la complexité ? Bulletin de la société géographique de Liège, n° 45, p. 97-105.

Caron, C., Roche, S. (2001). Vers une typologie des représentations spatiales. Espace géographique, 1, p. 1-12.

Daudel, C. (1988). Le savoir géographique sur écran, réflexions théoriques sur l'usage des nouveaux outils dans l'enseignement de la géographie, Revue de géographie de Lyon, vol. 63, n° 2-3, p. 3-14.

Morlin, É. (éd.) (1995). Penser la terre. Stratèges et citoyens : le réveil des géographes, Paris, Autrement, p. 140-158.

Marbeau, V. (1988). Utilisation de la télématique, de l'informatique, du vidéodisque et de la télédétection dans l'enseignement de la géographie au niveau de collèges et des lycées, Revue de géographie de Lyon n° 2-3, p. 16-19.

Pornon, H. (1992). Les SIG, mise en oeuvre et applications, Paris, Hermès.

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Association EPI
Mai 2011

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